Les Verts de Colombes

Inauguration de la place Facel Vega

jeudi 24 septembre 2009 par Catherine

Les Journées du Patrimoine furent l’occasion d’inaugurer une place Facel Vega à Colombes. Ci-dessous, le discours de Dominique Frager, maire-adjoint à la Culture et au Patrimoine.

En tant qu’adjoint au maire délégué à la Culture et au Patrimoine historique, je n’ai pu répondre que favorablement au projet de l’Amicale Facel Vega. Outre que cette voiture est en soi un véritable bijou et se conçoit tout à fait comme objet de collection, elle représente aussi pour l’histoire nationale et celle de Colombes une belle réponse à l’hégémonisme de l’industrie automobile d’Outre-Atlantique.

Cette double valeur patrimoniale est aussi rehaussée par la touche de culture insufflée par le frère de Jean Daninos, Pierre Daninos, écrivain plein d’humour, auteur des célèbres "Carnets du major Thomson" qui saura trouver, avec brio, le titre de la marque en proposant "Vega" qui joue sur une double signification : celle de l’astre qui se révèle être la deuxième étoile la plus brillante du ciel vu de notre hémisphère nord et celle, bien sûr, de la star.

Les célébrités du moment le lui ont bien rendu, nombre d’entre elles ont été séduites par le design, le confort et les prouesses techniques, l’allure et le chic de la Facel Vega. On peut citer les noms d’Ava Gardner, Tony Curtis, Darry Cowl, Albert Camus ou Jean Marais, dont le Musée de Colombes détient un témoignage écrit.

En tant qu’élu Vert, il me serait difficile aujourd’hui de soutenir la sortie d’une telle voiture, car cela renvoie à l’époque où l’essence n’était pas chère, le pic du pétrole était loin et la lutte contre le dérèglement climatique point à l’ordre du jour, mais resituons-nous à l’époque :

Les années noires de la guerre et d’après-guerre du ravitaillement et de la peur viennent de s’achever. Les années 1950, grâce au plan Marshall, voient la modernisation de l’industrie française et le relèvement du niveau de vie des Français. L’attraction de l’Amérique est alors énorme, non seulement les GI ont contribué à la Libération de 1944, mais leur mode de vie fascine, et on ne jure plus que par le jazz, le glamour d’Hollywood, les buildings, ce qui vaut, à nombre de villes françaises de restructurer leur centre-ville pour l’adapter à l’automobile triomphante, symbole même de l’Amérique qui a conçu ses propres agglomérations selon cette donne, ce qui conduit à faire disparaître un peu partout et notamment à Colombes leurs rues moyenâgeuses et non à les préserver comme nous le ferions aujourd’hui.

L’industrie de l’automobile française se reconstruit peu à peu, mais en 1959, elle ne touche que 28% des foyers. Elle vise surtout à promouvoir de petits modèles comme la 2CV lancée dès 1949 ou la 4L en 1947. C’est l’entrée dans la société de production et de consommation de masse, le marché de l’automobile de luxe est dominé par les Etats-Unis. On mesure du coup toute l’audace de Jean Daninos à investir ce secteur et la résonance dans le pays de promouvoir ainsi le savoir-faire français. C’est donc à ce titre que je lui tire mon chapeau.

Cette étoile représente aussi l’étoile de l’automobile colombienne. Car notre commune a connu pas moins de 17 constructeurs dans les premières décennies du XXe siècle, période des débuts de l’automobile. Il y aura même une marque Colombe sans "s" dont la voiturette monoplace à trois roues remportera trois records du monde. Tous ces petits fabricants devront toutefois fermer devant Citroën, Renault ou Peugeot qui déjà s’imposent sur le marché national. Dans ce secteur, nous avons eu aussi, rappelons-le, l’entreprise Goodrich, spécialisée dans le pneu, installée à Colombes depuis 1911, reprise par Kléber qui nous fit l’honneur de prendre l’appellation de Kléber-Colombes portant elle aussi nos couleurs bien au-delà de la France.

Aujourd’hui Colombes continue de compter de grands noms de l’entreprise avec Thalès, au cœur de la télécommunication, notre premier employeur, mais d’autres aussi, témoignant de notre attractivité. Le développement économique s’accompagne aujourd’hui d’une nouvelle démarche, celle du développement durable et de l’Agenda 21 que le Maire et son équipe viennent de lancer afin que les générations futures se retrouvent au mieux dans la société qu’on va leur léguer, afin que nos constructions présentes deviennent le patrimoine de demain.

Nous abordons une nouvelle page où économie et écologie ne s’opposent pas de façon stérile. Notre conception des transports, des voitures et du luxe doit évoluer. Pour cela, il faut du savoir-faire et de l’invention, des travailleurs impliqués et des patrons innovants. L’aventure de Facel Vega en était l’illustration même à l’époque.


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